Cap CanailleLe Cap Canaille

entre ciel et grottes

Le Cap Canaille ... c'est pas une balade comme les autres ...

Tout au long du sentier, au bord de la falaise, la vue est à tomber par terre !   Le 360° y est quasi permanent de Maïre à Porquerolles et du Cap Sicié aux calanques en passant par la Sainte Victoire. C'est le seul lieu que je connaisse où il n'est pas rare de devoir baisser le regard pour voir passer les avions. Hier encore, c'est un petit avion de tourisme qui progressait à nos pieds, probablement à 200 ou 300 m d'altitude alors que nous étions à près de 400 m.

Oui, lieu incroyable, propice à la contemplation et au ressourcement, tant on se sent proche du ciel et de la mer et aussi des collines qu'on se surprend à regarder autrement. Ici, la lumière est éclatante et l'aurore et le crépuscule y sont magiques. Même, deux fois par an et grâce à un phénomène de mirage, le Canigou y est parfois visible ! Et hier, la fin d'après-midi nuageuse nous offrit un  somptueux paysage teinté d'innombrables et délicates nuances de gris.

Bon, mais Jean Paul ne nous avait-il pas parlé de grottes ?

Grottes des EspagnolsEt oui ... et la grotte des Espagnols est déjà là. Parfaitement sécurisée, cette cavité !  En effet, un mur, construit en 2008 et surmonté de solides barreaux,  dissuade complètement d'y pénétrer. Certes, le lieu semble dangereux d'accès et les chauves-souris, qui y ont élu domicile, ont besoin d'être protégées ... Alors ces petits mammifères sont parfaitement respectés puisque jamais dérangés et libres d'aller chasser l'insecte la nuit en passant à travers les barreaux ...

En 1927, des fouilles archéologiques ont permis de découvrir poteries et débris alimentaires comme des coquillages ou des os de mouflons. Grâce à ces témoins du passé,  on peut imaginer ici un habitat néolithique entouré de forêts.

Et les Espagnols, me direz-vous ? Ah ça, c'est plus récent. Il semblerait qu'au 17ème siècle, des faux monnayeurs aient œuvré ici ...  D'ailleurs, la légende raconte que ces derniers ont dû faire face aux soldats du Roi Louis XIII qui voulaient les déloger. Après une bagarre à feux nourris, les ibériques ne durent leur salut qu'en empruntant une galerie secrète qui les mena à la mer et puis au retour en Espagne. Bien sûr, après leur passage, ils prirent soin de dynamiter le galerie, ce qui explique qu'on n'en retrouve aucune trace ...

Grotte des EmigrésMaintenant, on s'approche de la grotte des Emigrés et là, c'est très prudemment que nous descendons  un étroit sentier le long de la falaise. Ce petit "parcours aventure" nous oblige parfois à utiliser les 2 mains pour franchir quelques rochers abrupts. Et puis, on atteint plusieurs cavités dont deux, face à la mer, sont équipées de chaises, probablement destinées à quelques contemplatifs amoureux de cet endroit hors du monde. L'une de ces grottes, assez vaste pour accueillir un groupe de scouts, semble bien être la grotte des Emigrés. Cette désignation est joliment expliquée par le texte (anonyme) qui suit :

LA GROTTE DES ÉMIGRÉS

 Avec elle nous entrons dans l’histoire, car ceci n’est pas une légende…

Pendant la période révolutionnaire de 1789 quand, dans les rues de la vieille ville,retentissait « La Carmagnole » et que le peuple traquait le moindre partisan supposé de l’ancien régime : ecclésiastes, aristocrates et bourgeois..., une famille de riches ciotadens, apeurée, s’en alla se cacher dans cette grotte fort bien dissimulée par la nature sauvage des lieux.

La peur des « sans culottes », la tint là haut de longues semaines dans les conditions d’un bivouac bien précaire.

Privés de leurs perruques poudrées, des sabots de dentelle et des souliers fins, des bas blancs et des habits de velours, nous pouvons sans peine imaginer leur désarroi. Eux qui étaient habitués aux salons charmants, aux tapis, aux tapisseries précieuses, durent se contenter du sable rouge et de la fumée du feu de bois, sans confort et dans l’angoisse constante d’être découverts dans ce bel abri naturel !  Leurs ventres privés des mets les plus fins et des vins les plus précieux, ils durent se contenter de baies et de racines sauvages. Fini le salon de musique, les joutes poétiques, les madrigaux galants, bonjour les araignées, les scolopendres et les chauve-souris.

Aucune pique révolutionnaire ne vint les déloger de là. Ils se punirent eux mêmes par cet exil volontaire et quand la population sut cela, elle les nomma « les Emigrés ». Depuis ce surnom est resté à ce beau « Bivouac » de la falaise du Cap Soubeyran.

Et puis, après avoir bavardé avec un officier de la Police de l'Environnement (le Parc National des Calanques se structure ...) nous voilà, à nouveau, devant ce somptueux plan d'eau délimité par les calanques, l'archipel de Riou et le ciel ...

Comment ne pas se souvenir que ces lieux sont également chargés d'histoire ancienne ou récente.

Tout d'abord, de nombreux bateaux ont sombré ici, du fait des invasions combattues ou des tempêtes. C'est le Commandant Cousteau qui fut précurseur de la reconnaissance d'épaves antiques et de leurs trésors archéologiques. On distingue très bien les îles de Riou, du Grand Congloué et du Petit Congloué qui délimitent une zone aujourd'hui interdite aux mouillages et à la plongée afin de protéger des pillages cet inestimable patrimoine.

Un peu plus loin, on aperçoit l'île Jaïre et c'est dans la calanque du Jarron  qu'a été brulé le "Grand Saint Antoine" coupable d'avoir, en 1720, apporté la peste à Marseille.

Antoine de Saint-ExupéryC'est en Juillet 1944 que Antoine de Saint Exupéry disparait avec son Lightning P38. Les restes de son avion ainsi que sa gourmette ont bien été repêchés là, entre La Ciotat et Maïre.

"Sur un arbre perché", vous vous souvenez ?  Ce film, avec Louis de Funès, a été tourné ici en 1970, à Sur un arbre perchéflanc de falaise, à nos pieds. Il s'agit d'un industriel qui, après avoir pris un couple d'auto-stoppeurs, fait une embardée dans un virage. Tout le monde se retrouve en contrebas, miraculeusement stoppé dans la chute par un arbre ...  Il a fallu des moyens pharaoniques pour fixer, à cet endroit, arbre et auto (certes en matériaux légers). Les prises de vues ont été effectuées à l'aide d'alpinistes et d'hélicoptères et, bien sûr, de cascadeurs. Les acteurs, eux, ne se sont déplacés qu'aux studios de Boulogne Billancourt. Là encore, on reconstitua falaise, arbre et auto articulée sur vérins afin de filmer les raccords tout en visionnant les images prises en extérieur.

Dans le milieu marseillais, savez-vous comment on appelle ces lieux ? ... "Le triangle des Bermudes"...   En effet, encore aujourd'hui, il semble que les disparitions volontaires ou provoquées, approchent la dizaine par an ...

Et puis, comment oublier que sous nos yeux (mais heureusement invisible) se situe la plus grande décharge industrielle d'Europe ?  Depuis près de 50 ans, Alteo (ex Péchiney) a déversé ici 32 millions de tonnesde boues rouges. A partir de Gardanne, c'est un pipe-line de 55 km, dont 8 sous-marin qui achemine ces résidus polluants jusqu'à la fosse de La Cassidaigne, là, un peu au Sud du petit phare que nous apercevons. Comment ne pas s'indigner du fait que le 28 décembre dernier le contrat fut renouvelé par la Préfecture, pour une durée de 6 ans ? D'ailleurs, Ségolène Royal, Ministre de l'Environnement, a bien fait savoir son opinion sur cette "mauvaise décision".

Au demeurant, il serait injuste d'oublier que la situation ne cesse de s'améliorer. Oui, dès 1988, l'industriel de l'Alumine a supprimé les rejets solides et stocké ces derniers pour les travaux routiers. Aujourd'hui, il semblerait que les rejets liquides ne concernent que les eaux filtrées de traitement, épurées de l'essentiel des matières toxiques ...

Alors, sans être naïf, restons optimistes. Et remercions la prise de conscience populaire sur la protection de l'environnement ainsi que l'action des institutions telles que Parcs Nationaux ou Ministères qui font évoluer ces situations. N'oublions pas, il y a peu de temps encore, l'indifférence générale sur ces sujet.

Devant ce somptueux paysage, la journée s'achève avec ces bribes de notre histoire et ces réflexions sur l'état de notre société. Merci Jean-Paul pour cette évasion hors du temps et aussi pour ce réconfortant en-cas  que tu nous avais préparé. Ces moments d'amitiés sont tellement précieux ...

Merci pour votre attention et à bientôt pour de nouvelles aventures.

Alain Frébault le 19 Février 2016

Alain Frébault - Conteur des sentiers   Conteur de sentier

   ... c'est quoi ?

   ... c'est qui ?


c'est un tchatcheur de quartier ... à la campagne ...

c'est un rêveur idéaliste qui nous fait partager l'émotion ressentie lorsqu'on découvre les traces que nos ancêtres ont laissé là, au détour du chemin ...

Découvrez le ici ...

Toponymie

Les noms, les lieux que nous rencontrons au cours de nos randos...

 

   Venez les découvrir  

 

Aller au haut