Sainte VictoireLe sentier de l'Aubanède

ou les 4 tiers et Aurelius Cotta

Que la montagne est belle ! ... je veux parler ici de la Sainte Victoire.

Nous ne sommes pas encore arrivés au point de départ de notre rando que déjà, du côté de Peynier et de Trets, cette "sainte" nous apparait. Ah, mythique montagne qui sait changer d'aspect au fil des heures et ainsi nous enchante en permanence. Cet après-midi, de délicates nuances mauves sont là, devant nos yeux,  Cézanne n'est pas très loin.

Voilà, c'était la séquence poésie du rêveur contemplatif .

Bon, passons aux choses sérieuses et attaquons les pentes du Mont Aurélien ! Soudain, après quelques pas, bien caché dans les bois, la vigne et la topographie des lieux, c'est presque par surprise qu'on découvre un canal aux eaux quasi turquoises. Mais qu'est-ce donc ? ... canal de Marseille ? ... canal EDF ? ... canal de Provence ?  Moi qui suis né au bord du canal du Nivernais, je me devais d'en savoir un peu plus sur le sujet !

Tout d'abord, parlons du Canal de Marseille, canal historique (comme diraient nos amis corses ...) puisque construit au 19ème siècle. Il faut savoir que depuis l'effroyable épidémie de peste en 1720, les autorités avaient compris que les 10 ou 12000 puits de Marseille avaient contribué à la propagation de la maladie. L'idée de capter l'eau de La Durance est donc ainsi née et les travaux de Franz Mayor de Montricher ont abouti à l'arrivée de cette eau à Marseille en Juillet 1849. Nous connaissons tous cet ouvrage de 80 km de long (160 km avec les dérivations). Il démarre près de La Roque d'Anthéron, passe par l'aqueduc de Roquefavour à Ventabren, puis par la retenue du Réaltor, près de Calas. Ce canal se termine triomphalement au Palais Longchamp. Aujourd'hui, il approvisionne encore les 2/3 des besoins en eau de la région de Marseille. Une prolongation a été construite jusqu'à La Ciotat après avoir alimenté Carnoux et Cassis.

Le Canal EDF, a évidemment des objectifs de production d'énergie. Il nait des barrages de Serre Ponçon sur la Durance et de Sainte Croix sur le Verdon. L'essentiel de son parcours suit la Durance et il abouti dans l'étang de Berre.

Bien sûr, il est jalonné de plusieurs centrales électriques mais permet également l'irrigation et, depuis sa construction dans les années 60, alimente naturellement le canal de Marseille.

Le Canal de Provence, lui, a été conçu pour les besoins de l'industrie mais aussi pour l'irrigation et l'eau potable. Construit dans les années 70, à partir d'un captage sur le Verdon, ce canal alimente le Var et 1/3 des besoins de Marseille. Ici, nous sommes près du "partiteur de Pourcieux" qui divise le canal en deux branches, celle de Toulon et celle de Marseille. Cette dernière alimente, entre autres, le vallon Dol (très visible sur les pentes du massif de l'Etoile). Il s'agit d'une réserve d'eau de sécurité, correspondant à la consommation d'une semaine de la ville de Marseille. Ce réseau de 270 km (60% en souterrain) et de 5000 km de canalisation est géré à partir du Tholonet. Qui n'est jamais passé devant cette magnifique bastide, siège de la SCP (Société du Canal de Provence) ?  Sous nos yeux, c'est dans la dérivation de Marseille du Canal de Provence que quelques poissons semblent goûter le bonheur de vivre dans une eau de "claire-fontaine".

Voilà, maintenant chacun sait que dans notre pastis on ajoute 2/3 de Durance et 1/3 de Verdon. Chacun sait également que ces 4 tiers ont une excellente réputation ....

Bon, on l'attaque ce Mont Aurélien ?  Alors, c'est parti et les 300 mètres de dénivelée sont gravis sans efforts excessifs. Cependant, arrivés au "chemin des contrebandiers", la pause s'imposait.  Juste le temps, pour moi, de vérifier que les quelques ruines signalées alentour sont bien là. Et bien oui, elles le sont, mais pas très facilement accessibles. C'est plié en quatre dans les fourrés que j'ai fait ma petite exploration ... et j'ai souvent dû rattraper casquette et lunettes qui obstinément refusaient de me suivre plus loin.

Mais pourquoi ces murs anciens et autres traces en ces lieux ? L'explication est simple. Ici, entre Sainte Victoire et Sainte Baume, nous surplombons la vallée de l'Arc qui fut, de tout temps, un axe de communication très fréquenté. Les romains, en particulier, y construisirent la Voie Aurélienne reliant Rome à Arles ... conquête des Gaules, oblige.  Au demeurant, les massaliotes "marins-commerçants" qui avaient établi des alliances avec les principaux ports de Méditerranée appréciaient tout autant cette Voie Aurélienne. Le peuple gaulois, lui, devait se défendre dans les "oppidum" (villages fortifiés) et les traces de ces derniers sont nombreuses dans notre région. Ensuite, les troubles du Moyen Age ont parfois amené les populations à se réfugier dans des "castrum", autour d'un château fort. Ici, près de nous, il s'agit des ruines de Roquefeuille qui ont appartenu à la famille d'Agoult, noblesse de Provence qui s'était illustrée dans les croisades. Ce n'est qu'au 18ème siècle, période plus calme, que les populations sont descendues dans les plaines pour y développer les cultures. Voilà, ces témoins de notre histoire sont discrètement cachés dans la végétation.

Nous continuons donc notre rando jusqu'à quelques échappées qui nous laissent entrevoir une vue à couper le souffle ... jusqu'au Massif des Ecrins enneigé.  A nos pieds, notre Sainte Victoire et, plus proche encore, cette vallée de l'Arc. On se surprend à imaginer la Voie Aurelienne, mais on voit très bien l'autoroute A8 et les deux pourraient se confondre. D'ailleurs, savez-vous qui a été le premier à construire cette voie  romaine (les travaux ont duré 300 ans) ?  C'est Aurélius Cotta et on comprend qu'il ait donné son nom à la voie mais aussi au Mont Aurélien que nous côtoyons aujourd'hui. J'ai même entendu dire que la société ESCOTA (ESterel COTe d'Azur), qui gère les autoroutes  de la région, avait emprunté le nom de notre Aurélien ..., mais, c'est bien connu, ici on est au pays des galéjades !

Merci pour votre attention et à bientôt pour de nouvelles aventures.

 

Alain Frébault le 3 Novembre 2015

 

Alain Frébault - Conteur des sentiers   Conteur de sentier

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