La MadragueEt bien voilà, c’était la rentrée et, comme nos petits enfants le premier jour d’école, nous avons été ravis de retrouver les copains. Entre deux bises, les « ah, comment tu vas ? » et les « est-ce que tu as passé un bon été ? » nous rappellent que l’un des bonheurs de la vie est d’être entourés d’amis (oui, des bien réels, pas des virtuels comme nous le proposent les réseaux sociaux …).

 

 

La journée commence bien: les Canadair viennent nous saluer à l’occasion de leur spectaculaire entraînement dans la baie de La Ciotat. La baie ? non, le « Golfe d’Amour » ! Et oui, c’est bien son nom et chacun connaît la radio locale de La Ciotat : « RGA - Radio Golfe d’Amour ». Ah l’Amour ! La Madrague, et puis, pourquoi pas ? Saint Tropez et les belles images de notre icône BB qui alimentent nos fantasmes … !

Mais, au juste, d’où vient le nom de « Madrague » ? Et on a bien remarqué que la côte est jalonnée de lieux-dits pareillement nommés : à Saint Tropez, ici à Saint Cyr les Lecques, à Marseille (La Madrague de Montredon près de La Pointe Rouge et La Madrague Ville à La Joliette), à Niolon, à Carry … etc. Et bien, il s’agit là d’anciens lieux et méthodes de pêche au thon, dont la technique grecque nous a été apportée il y a 2600 ans par les phocéens.

Dans des eaux peu profondes (et on observe, en effet, que ces lieux-dits sont au fond d’une baie) on installe un piège constitué de filets fixés par des pieux verticaux. Les pêcheurs installés sur des barques faisaient beaucoup de bruit et utilisaient d’autres filets (des thonaires) tendus entre leurs bateaux afin de pousser les poissons dans le piège. La partie de pêche finissait avec des … gourdins dans une eau rougie.

C’était une technique très efficace, jalousée par les pêcheurs traditionnels car les madragues étaient tenues par de riches privilégiés. Ces derniers étaient donc ironiquement désignés par le peuple comme des rois et c’est ainsi qu’en Provence, le patronyme « Roy » ou « Rey » est souvent rencontré. Le 19ème siècle a vu l’abolition de ce type de privilèges , mais pas de la technique toujours utilisée en Sicile et en Tunisie.

Rapidement, nous atteignons la Pointe Grenier, dont le nom laisse à penser que le lieu fut probablement utilisé par nos ancêtres pour le stockage du grain. Là, surplombant la mer, quelques traces de constructions anciennes nous interpellent. De quoi s’agit-il ? Et bien un panneau pédagogique nous le confirme : il s’agit d’un véritable site industriel de production de plâtre.

Pointe Grenier- l'usine à plâtre La présence de gypse à cet endroit, beaucoup de forêts (dont le bois de chauffage alimentera les fours) et puis, la mer pour transporter le produit fini, expliquent l’implantation de l’usine ici. Ainsi, extrait à ciel ouvert ou en galerie de mine, le gypse était chauffé à 150° pour en extraire l’humidité. Le processus de cuisson-refroidissement durait 4 à 5 jours. Les anciens fours sont parfaitement visibles et aussi de magnifiques meules en basalte noir qui servaient à broyer finement le produit appelé dorénavant « plâtre ». Un toboggan maçonné surplombant un quai destiné au chargement des sacs de plâtre sur les bateaux, complétait cet ensemble parfaitement efficace.

A quelques pas de là, sur les hauteurs, d’autres vestiges nous attendent. Le lieu est, depuis toujours, un site de défense car la vue magnifique s’y étend des Embiez à La Ciotat et favorise l’observation de possibles envahisseurs. On commence à découvrir la poudrerie,Pointe Grenier - la poudrerie éloignée du lieu de vie des soldats pour des raisons de sécurité. Le bâtiment, bien rénové, évoque même la forme d’une petite chapelle avec sa voûte en briques et son narthex (espace précédant le portail ou la nef d’une église). Et puis, plus haut, la tour carrée, elle aussi réhabilitée en 1990, domine le lieu qu’on devine habité de tout temps par ceux qui avaient en charge notre sécurité. Autour de nous, plein de pierres évocatrices de cette lutte pour la défense de notre pays. On observe même le socle maçonné de ce qui devait être un canon durant la dernière guerre. Cependant, les traces les plus émouvantes sont probablement l’ancienne chapelle en ruine qui a servi de logement aux officiers et, autres pans de murs écroulés, le casernement des soldats. Sans oublier, devant la tour carrée, ce sol à peine visible, fait de briques claires placées, très soigneusement, en chevrons.Pointe Grenier - dallage

Voilà donc quelques regards sur la société de nos ancêtres, regards qui enrichissent nos randonnées. Celle d’aujourd’hui est particulièrement belle à longer le bord de mer, en pleine nature, sur un sentier facile et souvent ombragé. Et nous voilà arrivés sur la baie d’Along … heu, pardon au Port d’Alon, autre lieu bénit des dieux. L’eau de mer est un délice et le pique nique ou le bistrot est à nouveau un moment de belle convivialité.

Dune de la NarletteLe retour se fait dans les vignes du fameux AOC Bandol et bientôt, le paysage évoque celui des Landes. En effet, nous gravissons la dune de Nartette envahie par les pins. Cette incroyable curiosité géologique est particulièrement ancienne. A l’époque, la plage de Saint Cyr les Lecques était immense et s’étendait jusqu’au fond de la plaine, aujourd’hui occupée par l’agglomération. Les vents dominants ont soulevé et accumulé le sable jusqu’à former cette dune. Il parait que les géologues appellent cela « le déversoir d’une dune éolienne plaquée » ! Bon, nous ce qu’on voit c’est qu’elle parait stabilisée par une forêt de pins. Cependant, une coulée de sable a été probablement souvent utilisée comme toboggan et les organismes chargés de la protection de la nature tentent de limiter cette érosion d’origine humaine par quelques barrières et recommandations lisibles sur des panneaux pédagogiques.

Ce jour de rentrée a donc été superbe, on a même de la peine à se quitter … et nous pensons bien à notre ami Philippe qui a eu la malchance de poser le pied sur une souche traitresse et qui devra soigner ce qui est probablement une entorse. Bon rétablissement Philippe !

Merci pour votre attention et à bientôt pour de nouvelles aventures !

Alain Frébault - Conteur des sentiers   Conteur de sentier

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