Tous les noms de lieux-dits ou de quartiers ont une origine ou une histoire. A Marseille, comme partout ailleurs, il peut s'agir d'une activité (ex : La Soude, près de Sormiou), d'un environnement (ex : Les Riaux, signifiant rivières, près de l'Estaque) ou du nom d'une personnalité marquante dans les lieux. La Barasse relève de la 3ème hypothèse.

Bien avant l'industrialisation des 19ème et 20ème siècle, il y avait des moulins dans la vallée de l'Huveaune. Ainsi, au 16ème siècle, l'un d'eux nommé "Moulin du Muret" posait quelques problèmes aux propriétaires voisins. En effet, la retenue d'eau nécessaire au fonctionnement du moulin provoquait parfois des inondations dans les prairies alentours, donc certains conflits entre propriétaires. Ces conflits se sont probablement prolongés - peut-être pendant quelques générations - jusqu'au jour où la petite fille de l'un des propriétaires eu la bonne idée de se marier avec un conseiller à la Cour du Parlement d'Aix. Ce fin négociateur a su trouver les bons compromis, apaisant ainsi les protagonistes. Il s'agissait du sieur de Baras et la vallée reconnaissante a retenu son nom jusqu'à nos jours...

 Bon, venons en à notre rando. Une fois les voitures bien garées devant un imposant four à chaux (au moins 4 foyers) nous grimpons pour arriver rapidement dans une combe joliment arborée. En vérité, il s'agit du "crassier de Saint Cyr" ... qui aurait pu imaginer un crassier dans ces lieux bucoliques ? L'histoire est simple.

Usine d'alumine de St MarcelDans ce quartier, entre Huveaune et chemin de fer, une usine a fonctionné de 1908 à 1988. Et oui, quelques uns d'entre nous s'en souviennent, en particulier Daniel qui a passé son enfance ici. Cette usine traitait la bauxite en provenance du Var afin d'obtenir l'alumine. Cette dernière était ensuite acheminée en Isère pour produire l'aluminium. A l'époque, pour obtenir l'alumine, on utilisait la chaux (notre région, faite souvent de roches calcaires, en produisait facilement) et aussi beaucoup, beaucoup d'eau. Cependant, ce processus de traitement génère une grande quantité de déchets appelés en général "boues rouges".

Et voilà que ce terme nous rappelle Gardanne qui, comme nous le savons tous, envoie (via un pipe-line de plus de 40 km)Plpe-line des boues rouges ses boues rouges dans une fosse sous-marine au large de Cassis. D'ailleurs, La Barasse et Gardanne étaient 2 usines semblables appartenant l'une et l'autre à Péchiney Ugine Kuhlmann. Ces deux usines avaient une activité florissante jusqu'au jour où Péchiney ferma La Barasse pour cause de rentabilité moindre et de difficultés liées à sa présence en milieu urbain.

Mais revenons aux "boues rouges". Dès les années 60, l'usine de La Barasse rejeta également ses déchets au large de Cassis. Cependant, durant les années précédentes, elle utilisa la méthode traditionnelle du "crassier". C'est ainsi qu'à proximité de l'usine, en hauteur, dans les collines, fut choisi une sorte de ravin nommé "Le Blondin". On construisit là un véritable barrage (en aval de cette dépression) et des bennes se déplaçant sur câbles montaient les déchets pour Crassier de St Cyrles déverser en ces lieux. Un véritable "lac de boues rouges" s'est ainsi formé.

A gauche, sur les flancs de la colline, on voit très bien les traces de l'ancienne installation. Sur des photos de l'époque, on observe les constructions métalliques, soutenant cette sorte de téléphérique. Et puis ici, sous nos pieds, l'ancien lac de "boues rouges" est bien là. En fait il s'agit aujourd'hui, sur une épaisseur de 75m, d'une énorme accumulation de déchets. Dieu merci, Péchiney, dans sa grande générosité ( ou plus-tôt contraint par la réglementation ! ) a réaménagé et paysagé les lieux. C'est ainsi qu'aujourd'hui on a plaisir à flâner dans cette étonnante prairie verdoyante entourée de versants rocheux. Cette belle nature nous fait complètement oublier le "lac de boues rouges".Crassier aujourd'hui

A propos de ces dernières, il semble qu'une décision encourageante ait été prise très récemment (le 8 Septembre 2014). A court terme, les rejets de Gardanne seraient diminués et la fosse de la Cassidaigne au large de Cassis ne devrait plus recevoir que les eaux résiduelles du traitement de l'alumine.

Voilà donc une belle après-midi de rando où on apprend qu'un homme réconcilie toute une vallée, qu'un industriel créa un lieu charmant et où quelques réglementations devraient pouvoir diminuer des rejets suspects. De quoi, n'est-ce-pas, nous rendre optimiste ... au moins pour quelques instants ...

Merci pour votre attention et à bientôt pour de nouvelles aventures.

 

Alain Frébault - Conteur des sentiers   Conteur de sentier

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