Le Télégraphe Chappe

 

Après nous être régalés à la découverte du cade, de ses fours et du visage réjouissant de bébé Cadum, allons voir le "Télégraphe" ! Les lieux dénommés ainsi ne sont pas rares dans notre région. Quand on pose les yeux sur une carte IGN et que l'on observe le terrain entre Marseille et Toulon, on repère vite au moins deux promontoires nommés "Le Télégraphe". L'un est au Sud des agglomérations de La Penne sur Huveaune et d'Aubagne et l'autre, au Nord Est de Ceyreste. C'est vers ce dernier que nous nous dirigeons.

 

Après une bonne montée et quelques gouttes de transpiration, nous arrivons devant un splendide panorama. Non loin de quelques antennes ou relais de télécommunication modernes, on découvre une modeste ruine à demi cachée par deux ou trois bosquets. Voilà, nous sommes devant une station de "Télégraphe Chappe", petit édifice construit en 1821, il y a près de deux siècles.

Mais de quoi s'agit-il au juste ?.

C'est un réseau constitué d'un grand nombre de stations surmontées de bras articulés permettant de transmettre à vue, d'une ville à l'autre, des messages codés. L'invention était extraordinaire puisqu'elle remplaçait la "malle poste" ou "l'estafette militaire", bref, le cheval au galop ... Ainsi, un message de Paris à Toulon, mettant habituellement 5 à 6 jours pour arriver, était transmis en 2 à 3 heures. C'est dire si l'innovation était exceptionnelle !

Alors, comment ça marche ?

Comme on le voit sur le dessin ci-contre, la station était surmontée d'un mat supportant 3 bras articulés :

  • le bras central ou "régulateur" pouvait avoir 4 positions : verticale, horizontale, oblique à gauche et oblique à droite
  • les deux bras d'extrémités ou "indicateurs" pouvaient avoir chacun 6 positions par rapport au "régulateur" :
    • à 45° à gauche ou à droite
    • à 90° à gauche ou à droite
    • à 135° à gauche ou à droite
    • la position 180° (c'est à dire dans le prolongement du régulateur) n'était pas utilisée, car ambigüe

On comprend rapidement que les différentes combinaisons sont au nombre de : 4 x 6 x 6 = 144. Donc, on peut transmettre 144 figures (ou signaux) distincts. Alors, Monsieur Chappe a dit que pour former un mot (ou une simple syllabe, ou bien une expression ...) on va utiliser 2 figures. Ainsi, on a 144 x 144 = 20736 combinaisons possibles, c'est à dire, autant de mots. Dans la pratique, "le livre de codes" permettait de traduire environ 8700 mots.

Et comment on utilise tout ça ?

Les personnes présentes dans la station devaient, en permanence, observer les stations voisines. Ici, il s'agissait, au Sud du village de Roquefort, de la "Cabane du Marquis" et au Sud de la Cadière d'Azur, de la colline de Pibarnon (nommée "La Vigie"). Ainsi, deux "longues vues" étaient pointées sur ces deux stations et l'employé notait les figures observées à la station précédente et immédiatement les transmettait à la station suivante. Un mécanisme de poulies, de manivelles et de renvois permettait une articulation aisée des bras.

 

Voilà, vous avez tout compris et le premier document transmis ainsi (ci contre) a vraiment marqué les esprits du moment. C'était en 1794, époque de la révolution. Non loin de Lille, la ville de Condé sur Escaut était encore occupée par les Autrichiens. Le 30 Août, Paris recevait le message suivant :

"Condé Etre Restitué A République Reddition Avoir Eu Lieu Ce Matin A Six Heure"

La transmission avait duré 30 minutes ... ! Sur ce document, on voit bien la correspondance entre les figures et les mots ...

C'est en 1792 que le physicien Claude Chappe a fait ses premiers essais à Ménilmontant, point le plus élevé de la capitale. D'ailleurs, dans ce quartier, la Rue du Télégraphe et la station de Métro du même nom, attestent de ces tests. C'est donc en 1794 que la première ligne est ouverte : Paris-Lille. Le système fonctionnera parfaitement, jusqu'au milieu du 19ème siècle, avec un réseau (schéma ci-contre) de plus de 5000 km desservant 29 villes à l'aide de 534 tours distantes de 10 à 35 km chacune. La branche Lyon-Toulon, elle, a été opérationnelle de 1821 à 1852, soit 30 ans environ.

1500 personnes faisaient fonctionner le système :

  • Les "stationnaires" étaient deux par station. Ils se relevaient à midi et pouvaient se reposer de 1/4 d'heure après le coucher du soleil jusqu'à 1/4 d'heure avant le lever du soleil.
  • Les "inspecteurs" chargés de la surveillance d'un tronçon d'une douzaine de stations et ... de la sanction des "stationnaires" distraits, transmettant des messages fantaisistes ...
  • Les "directeurs" dans les grandes villes, seuls détenteurs du "livre de codes", donc seules personnes connaissant le teneur des messages transmis.

Au delà de la conception, puis de la concrétisation d'un système révolutionnaire (c'est le mot à employer, vu l'époque ...), Claude Chappe a eu le talent de convaincre les autorités de le mettre en œuvre immédiatement. Les textes de l'époque montrent dans quel état d'esprit l'idée a été argumentée puis adoptée :

"voilà un moyen certain d'établir une correspondance telle que le corps législatif puisse faire parvenir ses ordres à nos frontières et en recevoir la réponse pendant la durée d'une même séance"

"voici une réponse à ceux qui pensent que la France est trop étendue pour former une République".

Chacun sait que les 18ème et 19ème siècle ont foisonnés d'innovations, l'une dépassant rapidement l'autre. Les locomotives à vapeur ou les avions à hélices ont été remplacés par d'autres technologies plus performantes. Le "Télégraphe Chappe", lui, après avoir parfaitement fonctionné durant une soixantaine d'années, a été supplanté par le télégraphe électrique américain avec le langage "Morse" (qui pouvait transmettre jour et nuit, sans être dépendant de la météo.).

Cette belle histoire du "Télégraphe Chappe" montre bien que, il y a plus de deux siècles, a été mis en place le premier système de télécommunication au monde ...

Merci pour votre attention et à bientôt pour de nouvelles aventures !

Alain Frébault le 22.01.2015

Alain Frébault - Conteur des sentiers   Conteur de sentier

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