Le Château de Julhans

des "citoyens Bonaparte" aux "repliés d'Algérie"

 

La monumentale grille se dresse devant nous et protège ce beau vallon qui ne s'offre qu'aux marcheurs que nous sommes. L'endroit est plein de quiétude, la nature harmonieuse et comment ne pas songer que c'est là que s'épanouit un excellent Côte de Provence AOC "Le Grand Rouvière". Nous ne dirons jamais assez notre chance de vivre en ces lieux bénis des Dieux.

Après une heure de marche, entre garrigue et pins, apparaît l'imposante bâtisse, objectif du jour : le Château de Julhans.

L'endroit est fréquenté depuis fort longtemps puisque, au 10ème siècle, le Comte de Provence fait don au Vicomte de Marseille de ce vaste domaine. Il s'agissait là de récompenser l'aide précieuse apportée à chasser les Sarrazins qui pillaient la région depuis deux siècles. C'est sur ce domaine, là haut, sur les barres de Fontblanche qui nous dominent, que fut d'abord construit au 11ème siècle " le château du Vieux Roquefort". La "Chapelle Saint André de Julhans", elle, a été édifiée deux siècles après. Nous connaissons bien cette dernière et nous n'avons pas oublié que François Escolier, le mari décédé de notre amie Christiane, fut à l'origine de sa rénovation.

Ce n'est alors qu'au 17ème siècle qu'a été construit l'élégant Château de Julhans, ensuite racheté par un riche négociant : François Clary ... dont le nom marqua l'histoire. En effet, à cette époque, nous sommes en 1794, An II de la République, il se trouve que deux "citoyens" nommés Joseph et Napoléon Bonaparte, sont en garnison à Cuges.  Ces jeunes gens s'étaient, en effet, engagés dans l'armée d'Italie mais, évidemment, ne dédaignaient pas fréquenter les jeunes filles de la belle bourgeoisie locale. C'est ainsi que Désirée et Julie Clary furent courtisées par nos jeunes militaires.  Il est rapidement décidé que Joseph épouse Désirée mais ... Napoléon tomba amoureux de cette dernière. Il faut dire qu'elle était belle !  Alors, avec une autorité de futur Empereur, il "persuada" son grand frère d'épouser Julie !  Le mariage eut donc lieu dans la chapelle du château et la cérémonie civile à la mairie de Cuges, le 1er Août 1794. Bien sûr, ce jour là, personne ne se doutait que Joseph deviendrait Roi de Naples et Roi d'Espagne.

Quant à Napoléon, ce coquin, il rencontra bientôt Joséphine et laissa tomber Désirée.  Cette dernière se consola en épousant le Général Bernadotte qui devint, lui, Roi de Suède.  Quelle destinée exceptionnelle pour ces familles !

Pourtant, ce Château de Julhans continua à être le théâtre d'étonnants évènements.

Ainsi, en 1944, le général allemand Hermann Schaeffer, commandant la région de Marseille, aimait bien faire du cheval ici avec le Marquis de Villeneuve (petit fils de l'inventeur de la chaux hydraulique à Roquefort la Bédoule). On se souvient : c'est avec les honneurs que Hermann Schaeffer a capitulé devant le général de Montsabert car, malgré les ordres venant d'en haut et l'avis de ses officiers, il épargnât de la destruction Notre Dame de La Garde.

Dans les années 50, ce sont des enfants juifs qui ont été hébergés ici avant leur départ pour Israël.

Et puis, en 1959, intervint un évènement qui fut le départ d'une histoire qui, aujourd'hui ne semble toujours pas terminée. En effet, la CASOC (Caisse d'Allocations Sociales de Constantine) acheta ce domaine pour accueillir les petits "pieds noirs" en colonie de vacances. Cependant, après les évènements de 1962, l'état algérien s'appropria les lieux, ainsi que 500 autres propriétés ou châteaux en France.  Il semble que les algériens n'occupèrent jamais ce château de Julhans et, dans les années 70, l'EDF y installa un centre aéré pour les enfants.

Alors, en 1988, l'USDIFRA (Union Syndicale de Défense des Intérêts des Français Repliés d'Algérie) est créée afin de tenter, par voie juridique, de récupérer les biens en question. Bien évidemment, l'affaire est enjeu politique et il semble, qu'à ce jour, elle soit toujours en cours. Une sorte de "collectivité territoriale pieds noirs" a, bénévolement, restauré une partie du château et y a organisé des fêtes ou commémorations (on y voit encore la chapelle  Notre Dame des Pieds Noirs). L'USDIFRA pourrait y avoir des projets de musée d'histoire et de culture pieds noirs ou d'armée d'Afrique.

Aujourd'hui, nous constatons que les lieux sont complètement abandonnés.

Afin de mieux connaître le statut actuel de ce Château de Julhans, j'ai appelé Monsieur Stéphane Lucci, Président de cet organisme. Il m'a demandé de lui écrire et je ne manquerai pas de vous informer de sa réponse.

Merci pour votre attention et à bientôt pour de nouvelles aventures.

Alain Frébault le 26 Mai 2016

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