Moulin de CugesDu sentier du blé

à la première zone industrielle de Gémenos

 

Oui, marcher en groupe est un agréable moment de relations amicales et d'échanges. On "tchatche", on évoque la soirée "tartes salées-sucrées" d'hier et, fièrement, on montre sa nouvelle "appli" sur son "Smartphone". On prend même le temps d'écouter Christiane qui nous montre, dans le paysage, la tête de Louis XVI (bien séparée de son col, évidemment ...). Alors, miracle, les 430 m de dénivelé s'effectuent sans difficulté et nous voilà déjà au sommet du Mont Cruvelier.

Récente, bien entretenue, la vigie se dresse là, telle une tour  de contrôle d'aérodrome. Bien sûr, il ne s'agit pas ici de gérer décollages et atterrissages de planeurs ou avions de tourisme, mais bien de surveillance incendie. Dans notre département, 36 vigies se dressent ainsi et constituent un dispositif permettant de détecter la moindre fumée. Chacun sait que, dans ce domaine, la rapidité d'intervention est le facteur clé pour éviter les catastrophes. Bien évidemment, c'est le SDIS (Service Départemental Incendies et Secours) qui "arme" ce réseau de surveillance. Ce sont donc nos chers Sapeurs Pompiers du 13, présents dans chaque commune, qui sont chargés de protéger notre environnement. Ne pas confondre avec les "Marins-Pompiers", militaires, dont les zones d'actions sont Marseille, le Port Autonome Marseille-Fos et l'Aéroport International de Marignane.

Les guetteurs, eux, sont, soit des "Forestiers Sapeurs" (Conseil Général) ou des agents de l'ONF (Office National des Forêts) ou même des bénévoles des CCFF (Comité Communal des Feux de Forêts). D'ailleurs, ce sont souvent ces mêmes professionnels qui patrouillent en véhicule dans les massifs forestiers afin de prévention ou d'intervention immédiate. Et puis, il y a les saisonniers recrutés pour les mois de Juillet et Août.

Vous qui aimez les grands espaces, peut-être pourriez-vous être tentés par cette expérience incroyable de "saisonnier-guetteur" ?   Ah, il faut être motivé et responsable pour cette noble mission de protection de la nature ...  Si vous êtes patient (il n'y a pas de fumée suspecte tous les jours), si vous aimez le silence (bien qu'en temps de mistral, il parait qu'il y a un bruit d'enfer dans ces édifices) et si vous avez le goût de la lecture des cartes et de l'observation du terrain (oui, il faut savoir évaluer direction et distance afin de localiser précisément la fumée), alors là,  vous êtes le candidat idéal ... D'ailleurs, dans le département, une quinzaine de vigies est équipée d'un logement qui vous attend ...  La solitude ?   quelle solitude ?   l'administration a tout prévu pour les saisonniers : elle ne recrute que des binômes ou des couples.

Ah !  quelle belle occasion de se retrouver avec un être cher, dans un environnement incroyable et de rompre, pour un temps, avec la vie quotidienne qui est la nôtre.  Il y en a qui paient pour ça !  Et bien non : en plus, vous serez rémunérés !  J'ai lu qu'en 2012, il s'agissait d'un salaire de 2800 € pour les deux mois de Juillet et Août. Voilà, quand je vous dis que, dans notre société, il y a plein d'occasions pour vivre des choses exceptionnelles ...

En attendant, notre regard se promène sur cette vue à 360° où on distingue parfaitement Notre Dame de la Garde et la tour CMA-CGM, puis le Garlaban et le Pic de Bertagne. Enfin, à nos pieds, les vallées, soit industrielles et commerciales comme celle de Gémenos, soit bucoliques comme La Grande Rouvière.

En cette saison, les journées sont encore courtes et Claude nous invite maintenant à descendre et emprunter le "sentier du blé" jusqu'à la Vallée de Saint Pons. "Sentier du blé" ?  appellation étrange quand on se trouve au sommet de collines de plus de 570 m et que les céréales se cultivent bien plus bas dans les plaines que nous apercevons. Et bien, l'explication est aussi étonnante que pertinente. La voici.

L'une des vallées que nous apercevons est celle de Cuges. Et si on est un peu observateur, on s'aperçoit qu'aucune rivière n'y serpente et que les collines encerclent totalement les lieux. Comment est-ce possible ? Et bien, les scientifiques nous expliquent qu'il s'agit là d'un "poljé" où l'eau ne ruisselle pas, mais pénètre dans le sol "karstique", c'est à dire calcaire et perméable. Ce terme, "poljé" signifie "vallée" en slovène et, en effet, ce phénomène semble fréquent dans ces pays. Cuges serait, lui, le plus grand "poljé" d'Europe !  Dans une lettre à sa fille Adèle, Victor Hugo décrivait les lieux de manière tout à fait imagée : "Cuges est un assez joli bourg posé dans une sorte de grande terrine verte formée de hautes collines et sans la moindre cassure. On ne peut arriver à Cuges qu'en descendant, on n'en peut sortir qu'en montant. L'eau qui descend mais qui ne monte pas, s'amasse l'hiver au fond de la terrine et y fait une façon de lac".

Bon, mais le blé dans tout ça ?

Voilà, on y arrive !

Qui dit blé, dit farine et donc moulin. Et comment faire quand on n'a pas d'eau qui puisse mouvoir une roue ? chacun sait que, dans la région, les moulins à vent sont peu nombreux car, ici, le vent est aléatoire et violent. Alors, on va chercher un lieu où cela est possible est c'est ainsi que, au 16ème siècle, les gens de Cuges achetèrent un moulin à eau dans la vallée voisine de Saint Pons.

Vous avez tout compris : les charrettes franchissaient les collines avec les céréales à l'aller et la farine au retour. A certains endroits, les anciens ont bien stabilisé le chemin avec des murs de soutènements et, sur le sol, on remarque parfois la roche usée par les roues de chariot. Ces traces sont particulièrement visibles dans les pentes puisque les freins à sabots, bloquant quelque peu les roues cerclées de fer, favorisaient l'usure du sol . Et en bas du sentier, voilà notre moulin "dit de Cuges" avec sa belle cascade.

Le ParadouVoilà donc l'histoire du "sentier du blé" qui nous rappelle en quoi l'eau a quelque importance ici-bas. D'ailleurs, à la même époque, un certain Marquis d'Albertas l'avait parfaitement compris . On peut dire que c'est lui qui a créé la première zone industrielle de Gémenos en développant les moulins dans cette Le Foulonvallée de Saint Pons. On y rencontre, en effet, "La Blanchisserie", "Le Foulon" (fabrique de plâtre) ou "Le Paradou" (fabrique de papier à cigarette). Aujourd'hui, ce patrimoine est en cours de réhabilitation afin de contribuer à mieux comprendre comment nos ancêtres vivaient.

Notre belle journée s'achève et nous rejoignons les voitures garées près du château d'Albertas (la Mairie, aujourd'hui) et ses écuries. Eh oui, quand on est industriel issu de la noblesse, on n'habite pas n'importe où ...

Voilà, le parking est là ... mais que voit-on sous un réverbère déjà allumé ? Jacques, Jean Paul, Claude, Robert et les autres ...  qui installent une table avec bouteilles et galettes rescapées de notre petite fête d'hier au soir ...

Ouah , superbe ! ... voilà un club qui sait vivre !

Merci pour votre attention et à bientôt pour de nouvelles aventures.

Alain FREBAULT le 22 Janvier 2016

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