Musée Arles AntiqueArles

Ville d'art et d'histoire

Cette journée a commencé très fort : le Musée de l'Arles Antique est incroyable! Deux "trésors nationaux", âgés de quelques 2000 ans, sont ici offerts à nos regards et, si ce n'était interdit, nous pourrions presque les toucher!  Le buste de marbre attribué à César et cette barge de 30 m, ont été découverts à quelques centaines de mètres de là, dans le Rhône, par 5 ou 10 m de fond, sous une couche de vase et de détritus divers.

Quelle chance de vivre à une époque qui nous permet de mieux comprendre quelques bribes d'histoire qui ennuyaient profondément quelques uns d'entre nous à l'école (et là, je me reconnais tout à fait ...). C'est le DRASSM (Département de Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous Marines) qui a réalisé cet étonnant travail. Il faut dire que cet organisme est prestigieux à juste titre. Des missions à l'autre bout du monde lui sont confiées, telles que la reconnaissance, à Vanikoro (Iles Salomon) des  restes de "La Boussole", commandé par "Monsieur de Lapérouse" à l'époque de Louis XVI. Et puis, qui sait que le siège de la DRASSM est à l'Estaque?  , "L'André Malraux", bateau tout neuf digne successeur de "la Calypso" du Commandant Cousteau, est là, amarré devant les bâtiments de cet organisme, créé en 1960 par ce prestigieux Ministre de la Culture.

Plonger dans le Rhône, à cet endroit, ne ressemble en rien aux plongées paradisiaques dans quelques lointains lagons. Ici, il y a un fort courant, des crues, une pollution réelle et c'est à peine si on voit ses propres mains, tellement la visibilité y est réduite. Et puis, il y a les "silures", poissons pas vraiment méchants mais quand même quelque peu angoissants, avec des dimensions impressionnantes (2 à 2,5 m) et quand ils commencent à mordre et tirer sur vos palmes ...

Vingt ans de fouilles !  et c'est en 2007 qu'a été remonté ce buste, saisissant de réalisme, d'un homme d'âge mûr. Daté de 46 av JC, les experts admettent qu'il pourrait bien s'agir de Jules César, sculpté de son vivant. Une hypothèse est qu'on se serait débarrassé de cette sculpture après l'assassinat de l'Empereur en 44 avJC. C'est en 2011 qu'est remontée la barge en bois. Il a fallu la découper en 10 tronçons de 3m chacun. Quelle émotion pour ces archéologues sous-marins que de remonter ces témoins de notre histoire !

Bien sûr, durant notre journée en immersion dans l'Arles Antique, on s'est posé la question "mais qu'est-ce qui explique ce fort passé romain à Arles ? ".  C'est bien simple. A l'origine, un oppidum, nommé Théliné se situait à cet endroit intéressant, puisque sur une butte, près d'une voie navigable et d'un grenier à blé qu'était à l'époque le delta du Rhône. Théliné signifie d'ailleurs "la nourricière" (mais semble n'avoir aucun lien avec les tellines, minuscules et délicieux coquillages des plages de Camargue ... :-). A la même époque, Jules César guerroyait contre les massaliotes venus de Grèce, et c'est avec une douzaine de vaisseaux, construits à Théliné, que l'Empereur réussi son opération. En récompense, la ville fut l'objet d'un développement considérable et devint Arelate (endroit près du fleuve). Le port y était stratégique puisqu'il accueillait les navires venant de méditerranée avec des marchandises ensuite transférées sur des embarcations fluviales. Ainsi le commerce était prospère entre l'Orient et la Gaule et Arelate s'enrichissait. N'oublions pas également que le lieu était à la croisée des voies Aurélienne (vers l'Italie), Domicienne (vers l'Espagne) et Agrippa (vers Lyon). Plus tard, Arelate devint même résidence impériale et succéda à Lugdunum (Lyon) comme Capitales des Gaules.

Ainsi, tout au long de la journée, on découvrira ces monuments prestigieux de l'époque romaine :

·       le Cirque(près du musée), témoin des courses de char,

·        l'Amphithéâtre(ou Arènes), avec les combats de gladiateurs,

·        le Théâtre, haut lieu de la comédie et de la tragédie.

C'est à croire que les romains ne pensaient qu'aux loisirs ...

N'oublions pas également les Cryptoportiques (cruptos en grec = caché), voutes souterraines du 1er siècle, destinées à soutenir et stabiliser le Forum situé sur un terrain en pente.

N'oublions pas aussi les Thermes de Constantin avec un système de chauffage incroyablement moderne ("accumulation" grâces aux "pilettes" et "récupérateurs de chaleur" grâce aux "tubulis") mis en place au 4ème siècle.

Voilà, Arles c'est une véritable mémoire de la civilisation romaine.

Pourtant, cet empire connu un déclin, probablement dû à son gigantisme qui a multiplié les difficultés d'intégration des populations. Un régime corrompu, basé sur les butins des terres conquises et l'enrichissement des élites, pourrait également y avoir contribué.

Alors, les périodes  de trouble se succédèrent, par exemple c'est Charles Martel qui, trois ans après Poitiers (donc en 735), repoussa également les Sarrazins à Arles, puis ensuite avec le Moyen Age. Ainsi, à partir du 4ème siècle et à cause de l'insécurité :

·        le Cirque fut abandonné car trop éloigné de la ville où les habitants devaient se réfugier,

·        l'Amphithéâtre fut transformé en place forte,

·        le Théâtre, dont les comédiens étaient réprouvés par l'Eglise a vu les remparts et défenses médiévales transformer les lieux.

Périodes difficiles certes, mais qui nous a laissé en héritage quelques joyaux de l'art roman. Le portail de l'église St Trophyme est saisissant de réalisme :

·        sur le tympan, le Christ et le jugement dernier, entouré des symboles ailés des évangélistes,

·        en dessous, les douze apôtres,

·        à gauche et à droite, on reconnait parfaitement le cortège des élus (au Paradis) et le cortège des réprouvés (pour l'Enfer),

·        enfin, les statues de St Trophyme et de St Etienne, parmi les saints majeurs de l'Eglise.

Construit entre XII ème et XV ème siècle, le cloître St Trophyme est, bien sûr, un havre de paix. Et puis comment imaginer ce que fut, durant 2000 ans, cette immense nécropole appelée Alyscamps (Champs Elysées). Elle s'étendait sur 2 km, avec parfois plusieurs couches successives de sépulture. Le lieu était tellement vénéré qu'on y envoyait ses défunts,  placés dans un tonneau jeté au fil de l'eau du Rhône, afin qu'ils soient inhumés là. Même le Christ, durant une assemblée d'évêques, se serait agenouillé ici!  Le quartier et une chapelle en ont  conservé la dénomination de "La Genouillade".

Bon mais Arles, ce n'est pas que des vieilles pierres, c'est aussi le lieu de créativité artistique prestigieuse. Par exemple, Van Gogh qui, en 1888, inspiré par la lumière provençale, s'est installé dans la "maison jaune" qu'on devine ici, sur la place Lamartine. L'édifice a disparu sous les bombardements alliés en 1944, mais les reproductions des toiles représentant cette maison et la chambre jaune (qui a probablement accueilli Paul Gauguin) nous ravit.

Le fait de passer devant le Musée Réatut nous rappelle que ce lieu réserve toujours un étage à la photo. En effet, Arles est une capitale de la photographie mondialement connue. Tous les étés, "Les rencontres d'Arles" réunissent jusqu'à 100 000 passionnés et l'Ecole nationale de la Photographie a été installée dans cette ville. L'un des créateurs, en 1970, de ces rencontres est Lucien Clergues, délicat photographe de nus. Ses clichés en noir et blanc, d'une esthétique exceptionnelle, sont devenus une référence.

Tout près de là, également sur les bords du Rhône, voici l'une des rares maisons d'édition établie en province : Actes Sud. Et l'année 2015, quel succès exceptionnel pour Actes Sud qui :

·        bénéficie pour la 3ème fois du prix Goncourt pour :

o   "Boussole" de Mathias Enard

·        bénéficie pour la 2ème fois du prix Nobel de la littérature avec :

o   Svetlana Alexievitch

·        édite le "best seller" de l'année :

o   "Le charme discret de l'intestin" de Giulia Enders

·        édite le 4ème opus de la saga "Millenium" :

o   David Lagercrantz

Décidemment, cette entreprise familiale, dirigée par Françoise Nyssen, fille du fondateur, a bien du talent pour découvrir et promouvoir les écrivains qui marquent notre époque !

La journée se termine sur quelques notes plus légères ... ce sont celles de Manitas de Plata. Ce musicien incroyable de talent, ne lisait pas les partitions et refusait tout voyage en avion, même pour enregistrer son premier disque aux US !  Alors, c'est le producteur américain, oh combien motivé, qui dû se déplacer pour réaliser cet enregistrement dans la Chapelle de la Charité qui se dresse là devant nous.

Le retour à nos voitures s'est effectué à la nuit tombante. Cela n'a pourtant pas freiné notre curiosité pour vérifier l'existence du "pont à moutons". Et bien oui, il est bien là, discret, presque invisible, intégré dans la structure de ce viaduc d'allure moderne et élégante construit en 1969. Ce tunnel, aménagé juste sous la voie autoroutière, permet aux moutons  de traverser le Rhône sans se soucier de l'intense circulation. Quelle belle idée de la part des dirigeants et des architectes de l'époque que de favoriser la transhumance des célèbres Mérinos d'Arles. Quel spectacle attachant que de voir ces animaux, venant de Camargue, traverser le Rhône et la ville pour atteindre (aujourd'hui par train) les alpages estivaux !

Et bien, une fois de plus, nos petits voyages nous ont enrichi  de moult découvertes et de meilleures compréhensions de notre société. Je vous le dis, ce monde est passionnant !

Merci pour votre attention et à bientôt pour de nouvelles aventures.

Alain Frébault

le 20.12.2015


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