En décembre 2012 Le Conteur de sentier avait déjà évoqué le passé de cet oppidum...

Mur celto ligure

Ce jeudi 15 Décembre, l’après-midi est ensoleillé et la ballade parmi les bruyères, près de Cassis nous amène rapidement au sommet de « La Couronne de Charlemagne ».

Pourquoi Charlemagne ? Quand il régnait sur l’Europe de l’époque, pas sûr qu’il soit venu dans nos contrées ! Cependant, le fait qu’il fut couronné Empereur (le jour de Noël de l’an 800) et la forme de diadème de la belle falaise surplombant le village de Carcisis Portus (Cassis aujourd’hui) est peut-être l’explication du nom de cette colline.

 

Une autre hypothèse est souvent évoquée : Charlemagne devait mettre de l’ordre dans chaque contrée de son immense empire. Les « Missi Dominici » (délégation composée au minimum d’un clerc et d’un laïc) étaient donc chargés de cette mission. Peut-être, leur présence chez nous, a-t-elle fortement marqué nos ancêtres ?

Voilà, on s’attarde là haut car la vue est splendide mais on est vite interpellé par la présence, quelques pas plus bas, d’un mur bien rectiligne. Serait-ce un enclos de berger ? que nenni !

Mais au préalable évoquons un instant, l’existence d’un autre Empereur qui, lui, a réellement fait halte à Cassis la nuit du 10 Février 1794. En effet, à cette époque, le Général Bonaparte inspectait les batteries côtières entre Marseille et Toulon. D’ailleurs, les esprits coquins ne manqueront pas de relever qu’il dormit au n° 19 d’une rue appelée à l’époque « Rue pavée d’amour » et dont on peut facilement imaginer l’activité … Ne fit-il que dormir cette nuit là ? l’histoire ne le dit pas. Néanmoins, à ce n° 19 de la rue appelée aujourd’hui « Rue Général Bonaparte », une plaque atteste bien de cette prestigieuse halte réparatrice .

Alors pourquoi évoquer Napoléon sur « La Couronne de Charlemagne » ? Et bien, chacun sait qu’en 1798, durant la campagne d’Egypte, il prononça une phrase devenue célèbre : « soldats, du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent ». On se plait donc à penser que quatre ans avant, à Cassis (inspiré, bien sûr, par sa belle nuit réparatrice…) il ait pu s’exclamer au sommet de « La Couronne de Charlemagne » : « soldats, du haut de ce mur Celto-Ligure, vingt six siècles vous contemplent ».

Donc, nous y voilà : nous serions devant un mur Celto-Ligure âgé de 2600 ans ? Et bien, en effet, beaucoup d’écrits attestent de l’existence, en ce lieu, d’un village fortifié ou oppidum.

2600 ans , mais ne serait-ce pas l’époque de la légende, bien connue, de Gyptis et Protis et de la création de Marseille ? Et oui, en ce temps là, les Celto-Ligures (on pourrait dire les Gaulois-Italiens du Nord) habitaient des villages fortifiés sur des lieux stratégiques, car on se méfiait des voisins ! Ainsi, la communauté Ségobrige, proche de Marseille, se protégeait probablement de celle des Salyens, proche d’Aix (d’ailleurs, 2600 ans plus tard, ne subsiste-t-il pas quelques traces de compétition entre ces deux villes ?).

Alors, un jour, les Ségobriges virent arriver (du haut de leur oppidum, bien sûr) des bateaux inconnus. En fait, il s’agissait de navires grecs venant de Phocée en Asie Mineure (aujourd’hui appelé Foça, près d’Izmir en Turquie). La tradition d’accueil des Ségobriges amena leur roi Nann à inviter leur capitaine, Protis, au mariage de sa fille, la princesse Gyptis. A l’époque, les traditions étaient belles : durant le banquet (près de « La Fontaine de Voire » dans le massif de Marseilleveyre) Gyptis devait offrir une coupe à l’élu de son cœur. Mais, oh stupeurs pour les prétendants !, c’est Protis l’invité (beau comme un Dieu grec, bien sûr …) qui fut l’heureux élu … (quand je vous parlais des belles traditions d’accueil des immigrés de l’époque.) Alors, le roi Nann, assumant le choix de sa fille, leur offrit un territoire pour créer un comptoir commercial. Ainsi naquit, il y a 2600 ans, Massalia au bord du Lacidon, belle calanque baptisée plus tard « Le Vieux Port ».

Belle histoire, n’est-ce pas ? mais tout cela manquait un peu d’action pour l’époque. Heureusement, les Ségobriges commencèrent à jalouser le développement et la prospérité de Massalia la commerçante. Alors, ils inventèrent la piraterie ! et, du haut de leur oppidum, ils repéraient les navires grecs pour les attaquer, les piller et les couler. C’est ce qui explique la très grande quantité d’épaves entre Marseille et Cassis. D’ailleurs, dans un triangle délimité par les iles de Rioux, du Grand Congloué et du Petit Congloué, a été créé un « Sanctuaire Cousteau » destiné à protéger ces richesses sous-marines composées, entre autres, d’innombrables amphores. Cependant, Massalia (commerçante, donc diplomate) obtint la protection des Romains qui chassèrent les Ségobriges à l’intérieur des terres.

C’est ainsi que certains écrits indiquent que l’oppidum de « La Couronne de Charlemagne » pourrait être un village détruit, ou inachevé, du fait d’évènements guerriers. En effet, le mur qui s’étend sous nos yeux s’interrompt, un peu plus loin, de manière inexpliquée.

Voilà donc ce que nous apprend légendes, histoire et vestiges sur le terrain. Sans oublier que ce sont bien les grecs qui ont enseigné à nos ancêtres Celto-Ligures la culture de l’olivier et de la vigne et, de cela, personne ne s’en plaindra.

Si vous souhaitez en savoir plus, le site www.wikipedia.org a été l’une de mes sources documentaires.

Merci pour votre attention et à bientôt pour de nouvelles aventures !

 

Aller au haut