Pays minierGréasque : "une balade en sol mineur"

 

Quelle belle journée annonciatrice de printemps ! Le soleil, la douce température de l'air ainsi que les fleurs naissantes nous invitent à une gentille promenade, sans difficulté aucune. Certes, quelques belles dénivelées ou passages un tantinet délicats ne nous déplaisent pas ... on en est même un peu fier parfois ... Mais, de temps en temps, qu'est-ce que c'est agréable de marcher quand c'est plat !

 

Nous débutons notre petite rando par l'ancienne voie ferrée de Valdonne qui eut ses belles heures au service du bassin minier de Gardanne. Un projet de réhabilitation (avec tramway) pourrait bientôt voir le jour à partir d'Aubagne. Pour l'heure, le long de cette voie, ce qui nous intrigue, Tuyau des boues rougesc'est ce tuyau vert quelque peut anachronique dans cette nature tranquille. Et bien, tout le monde a entendu parler des "boues rouges" et de l'indignation légitime soulevée par le déversement, en pleine mer, de résidus industriels. Voilà, ce tuyau est à peu près la seule partie visible d'une situation qui, actuellement, fait polémique.

Les faits sont faciles à comprendre. Depuis 1967, l'usine d'alumine Altéa (ex Péchiney) à Gardanne évacue Usine Altéa à Gardanneles résidus issus du traitement de la bauxite via ce pipe-line. Ce dernier chemine durant 47 km jusqu'à Cassis et se prolonge au fond de la mer sur 8 km afin de déverser les produits au bord de la faille de la Cassidaigne (de 300 à 2500 m de profondeur). Ainsi, depuis près de 50 ans, ce sont de l'ordre de 20 millions de tonnes de déchets qui sont déposés dans le domaine maritime. Il s'agirait donc, devant Cassis, de la plus grande décharge industrielle d'Europe ! "Comment est-ce possible, dans le Parc National des Calanques ?" lit-on actuellement dans les médias.Fosse de Cassidaigne

Voilà donc une situation que personne ne peut ignorer. Cependant il faut savoir également que certains contrats, dont bénéficie l'industriel, arrivent à échéance et, à cet égard, le 1er Janvier 2016 devrait être une date importante. Et puis, d’ores et déjà, sont prises des mesures pour réduire la quantité et la nocivité des rejets. Bien évidemment, la création récente du Parc National des Calanques et les prises de conscience de notre société sur la nécessaire protection de l'environnement contribuent grandement à l'amélioration de cette situation. Aujourd'hui, le sujet est largement médiatisé et c'est encourageant.

Oublions, un instant les "boues rouges" et allons explorer la forêt des Euves, haut lieu de l'extraction de charbon durant le 19ème siècle. Eh oui, nous sommes au cœur du bassin minier de Provence, qui s'étend de Gardanne à Trets et de Rousset à La Destrousse. Quelle belle histoire industrielle qui a débuté au Bassin minier au 19ème siècle17ème siècle et dont l'apogée s'est située dans les années 50 ! La fermeture définitive des mines de notre région est très récente, elle date de Janvier 2003. A Gréasque, précisément, c'était 80% de la population qui travaillait pour les mines. Les traces y sont parfaitement visibles : maisons de mineurs, crassiers et "chevalements" des puits. C'est d'ailleurs dans l'un de ces derniers, le puits "Hely d'Oissel" Puits Hely d'Oissel  - musée de la minequ'a été aménagé un très intéressant musée. On ne dira jamais assez l'importance du maintien de la mémoire sur l'activité de nos anciens. En ce lieu, on apprend, par exemple, que le boisage des galeries était réalisé en pin ... seul bois qui craque avant de rompre ... Ainsi, les mineurs étaient avertis des risques d'éboulement. Là, également, sont conservés les outils et machines encore récemment utilisés, comme les haveuses (sorte d'énormes tronçonneuses horizontales) ou les tapis roulants sur pneus permettant de se placer au plus près du front de taille.

Pour chacun de nous, la mine est synonyme de dur labeur dans des conditions parfois dangereuses. C'était aussi un environnement où les Gallerie de la mertechnologies ou projets les plus audacieux étaient mis en œuvre. Ainsi, la "galerie de la mer" est un ouvrage incroyable et particulièrement méconnu. Il a fallu 25 ans pour creuser les 15 km du tunnel situé entre le puits Gérard (près de Gardanne) et Cap Pinède - La Madrague (sur le port de la Joliette à Marseille). Ce tunnel a été mis en service en 1905 et permettait d'évacuer les eaux souterraines et le charbon. Quelle idée géniale que de pouvoir livrer directement, au cœur du Marseille industriel et sur le port, ce précieux combustible ! D'ailleurs, des usines (comme Panzani) s'implantèrent tout près de l'extrémité même du tunnel ! Aujourd'hui, c'est le BRGM (Bureau de Recherche Géologique et Minière) qui prend soin de cet ouvrage toujours utile pour contribuer à la stabilité des sols ou pour constituer une réserve d'eau de secours dans le cas de catastrophe. Même la "Générale Sucrière" bénéficie de cette eau pour le refroidissement de ses machines de production.

Et puis, les mines de Provence furent, durant les années 40, et grâce à la complicité de la direction, de notables foyers de résistance. Tout d'abord, pour des raisons évidentes, les galeries constituaient des caches pour les juifs persécutés. Et puis, les jeunes qui voulaient échapper au Affiche pour le STOSTO ("Service de Travail Obligatoire") au bénéfice de l'industrie allemande de l'armement se faisaient volontiers embaucher comme mineur. Face à cela, nos ennemis de l'époque n'avaient rien à redire puisque les besoins en combustibles allaient grandissants (fabrication du matériel militaire et transport de troupes obligent ...). A leurs yeux, ces jeunes allaient donc contribuer à leur victoire. C'était sans compter sur le fait que ces mineurs, souvent à peine majeurs, étaient aussi d'actifs résistants qui, en priorité, sabotaient les moyens d'extraction afin de réduire les livraisons à l'ennemi. Périodes troublées, mais oh combien étonnantes dans ce bassin minier, où on a vu augmenter les embauches et, dans le même temps, diminuer la production.

Mais revenons sur nos sentiers dans la forêt de pins. Les traces de l'activité minière du 19ème siècle y sont, certes discrètes, mais bien présentes. Pour l'essentiel, il s'agit de "descenderies", sortes de puits à Une descenderie45° qui permettaient d'exploiter les filons peu profonds. C'est donc sur des marches d'escalier que les mineurs descendaient avec pics et pelles. Parmi eux, beaucoup d'enfants, particulièrement efficaces, grâce à leur petite taille, pour Enfant dans la minepénétrer dans les étroites galeries et à leur agilité dans des positions de travail inconfortables. Ces "descenderies" étaient innombrables (de l'ordre de 800 dans la région) car elles étaient abandonnées dès le premier incident (éboulement, inondation ou gaz toxiques). C'est donc au début du 19ème siècle que furent mises en place les "concessions" afin de rationaliser une exploitation jusque là anarchique. Ainsi, le comte de Castellane a largement contribué à cette nouvelle organisation et, bien naturellement, est devenu propriétaire de la moitié des exploitations.

Aux détours des sentiers, les restes de "descenderies" sont, en effet, discrètes. Parfois, à travers une grille de protection, on aperçoit un escalier qui disparait dans le sol. Ou alors, une simple dalle de béton sécurise le lieu et un panneau explicatif nous éclaire sur ces modestes vestiges. On a pu voir aussi quelques ruines d'un village de mineurs étrangers (des Piémontais) et plus loin subsiste une cheminVillage de mineurs (ruines)ée de pierre. Cette dernière n'est pas un ancien "chevalement" permettant de remonter le charbon ! Non, c'est bien une cheminée qui permettait d'évacuer les fumées d'une machine à vapeur (hi-tech de l'époque) dont la mission était de pomper l'eau envahissant les galeries. On a bien noté que cette machine à vapeur favorisait l'extraction du charbon qu'elle utilisait ensuite elle même pour fonctionner ... (étrange cycle des choses mais circuit court exemplaire !).

Il est clair que nos ancêtres de l'époque, bien souvent à la fois paysans et mineurs, ont contribué à la révolution industrielle du 19ème siècle. N'oublions pas les charretiers qui, eux, avant l'existence de la "galerie de la mer", transportaient le charbon jusqu'à Marseille. Ils constituaient des convois de 10 ou 20 attelages et étaient "armés de fouets et de gourdins" ... Eh oui, les chemins n'étaient pas sûrs et les attaques toujours possibles pour s'approprier un combustible précieux et convoité.

Voilà donc, le temps d'un après-midi, l'occasion d'évoquer cette épopée minière dans notre région. Elle a été faite d'innovations techniques étonnantes et le labeur ou le comportement des hommes de l'époque ont largement contribué à nos actuelles et enviables conditions de vie.

Oui enviables ... terminer notre rando en compagnie d'un tonneau de bière bien fraiche ... ça fait partie du plaisir d'être ensemble, n'est-ce pas ? Merci Jean Luc H. !

Et puis merci à vous tous pour votre attention et à bientôt pour de nouvelles aventures.

Alain Frébault le 11.04.2015

 

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