Les Dents de Roque Forcade

Les Dents de Roque Forcade

"entre sorcières et machine à vapeur"

 

A partir du col de l'Espigoulier, c'est au pied de Roque Forcade que nous cheminons. La montée, en sous bois, est agréable et la paroi rocheuse nous protège du soleil ardent. Soudain, Claude nous dit "c'est là !", alors on escalade quelques rochers qui nous hissent sur le plateau. Voilà, ça y est, on est sur le "Plan des Vaches".

 

Le plan des VachesQuel lieu étonnant qui, malgré les brumes de l'été naissant, nous permet de contempler la vue depuis Les Alpilles à l'ouest jusqu'au Massif des Ecrins au nord est. Et, entre Mont Ventoux et Montagne de Lure, on reconnait parfaitement, là devant nous, la Sainte Victoire. Nous sommes à près de 900 m d'altitude, la végétation est rare, le lieu désolé et durant l'hiver, avec neige et vent, la Sibérie n'est certainement pas très loin ...

En ces lieux, dans le passé, il n'est pas très sûr qu'il y ait eu des vaches, mais des sorcières, c'est certain ! D'ailleurs, Plan des Vaches semble être une déformation de Plan des Masques ("masq" ou "masquo" = sorcier en provençal). Et les dents de Roque Forcade ("forcadu" = fourchu en cette même langue) nous feraient bien penser au diable ... De plus, après quelques pas, nous tombons nez à nez avec une profonde faille au sol, puis une deuxième encore plus impressionnante ... Cette dernière est le "Gouffre des Masques" qui, en Goufre des masqueseffet, devait bien contribuer à effrayer nos ancêtres ...

Mais revenons un instant à notre époque ... Depuis quelques décennies, ce gouffre a été exploré et les scientifiques nous expliquent que ces cavités constituent l'une des caractéristiques du massif karstique de la Sainte Baume. Il s'agit, bien simplement, d'un sous-sol constitué de roches calcaires et parcouru par de nombreuses failles. On comprend volontiers que l'eau de pluie (abondante à cette altitude) y pénètre et génère rivières souterraines et sources. Il a été démontré que la "rivière mystérieuse" de Cassis (en résurgence sous marine à Port Miou) a pour origine la région de la Sainte Baume.

Bon, peut-être lieux effrayants pour nos anciens mais lieux habités cependant. On en veut pour preuve les traces d'habitat néolithique, dans la grotte voisine de la "Grande Baume". Et puis, en quittant le Plan des Castrum du Plan des VachesVaches, nous longeons un castrum celto-ligure. On y voit nettement un tumulus (manifestement fouillé) et les traces de mur de défense protégeant la partie la plus exposée à l'envahisseur de cet ancien village gaulois. Plus loin, nous contournons la Tour de Cauvin (cauvet = chauve en provençal) qui semble avoir servi de tour de guet aux Romains. Enfin, les bergers ont vécu ici depuis toujours (la "Grande Baume" a servi de bergerie jusqu'au 20ème siècle).Tour de Cauvin

Aujourd'hui, les hommes s'intéressent toujours à ce lieu, oh combien isolé ! N'y avait-il pas récemment un projet de développement "durable" (éolienne et photovoltaïque), combattu pour cause de menace sur la "durabilité" de l'environnement ... ? Vaste débat, très actuel, justifié par d'indispensables préoccupations. Gageons sur la sagesse de notre société qui devrait savoir ménager des intérêts apparemment contradictoires.

Voilà, nous quittons ces lieux étonnants pour descendre, non loin de Plan d'Aups et remonter en direction du col de Bertagne. La pente et le soleil nous fait franchement transpirer et la source du Cros (probable Source du Crosrésurgence de notre massif karstique ...) est le prétexte d'une pause rafraichissante. A cet égard, je ne suis pas le seul à avoir goûté à cette délicieuse eau fraiche ... alors, vous qui étiez là, s'il vous plait, confirmez-moi que, comme moi, vous êtes toujours vivants ... :-)

Le Col de Cros et le Col de Bertagne sont proches et là, on découvre un site incroyable, éclairé par la chaude lumière de fin d'après-midi. Nous sommes juste au pied du Pic de BertagnePic de Bertagne et le sommet avec ses installations au service de l'aviation civile, semble à portée de main.

Il y a quelques jours, ma curiosité m'avait fait découvrir une reproduction de carte postale montrant, en ces lieux, les ruines d'une installation industrielle du 19ème siècle. Il s'agissait d'une machine à vapeur qui permettait le cheminement de wagonnets entre la mine de lignite (sorte de charbon) de Plan d'Aups et la vallée de Saint Pons à Gémenos. Le but était, bien sûr, d'alimenter les industries d'Aubagne et de Marseille. Le système était ingénieux et audacieux car, sans locomotive, les wagonnets montants La Machineéquilibraient les wagonnets descendants. A près de 900 m d'altitude, la machine à vapeur était là, elle, pour équilibrer et générer le mouvement. La photo, qui date peut-être d'un siècle ou plus, montre bien les bâtiments (en ruine) qui abritaient "la machine". Le lieu s'appelle d'ailleurs ainsi et, sur le terrain, creusée dans la roche, on voit nettement la tranchée qui permettait le passage des wagonnets sur le col. Entre ce col et la vallée de Saint Pons, la carte IGN indique clairement le "vallon du Tranchée du col de la machinechemin de fer" ... Quelle émotion de découvrir sur le terrain et comprendre ainsi le génie de nos anciens. Qui, aujourd'hui, connait cette histoire ? Lysiane, Claude et Jean Noël m'avaient accompagné et ensemble on reconnait parfaitement le lieu de la photo. Soudain ils m'appellent : "on a trouvé ! ..." J'accoure et ... et bien oui, des traces de fondations sont là cachées derrière quelques arbustes. Les pierres taillées et alignées sont la preuve que le bâtiment de la photo était bien là, à cet endroit. Je remarque même des socles maçonnés, parfaitement dans l'axe de la tranchée ... probable support de Ruines de la Machinequelques poulies ...

Quelle belle rando où, au delà de cette nature splendide qui nous ravit, on apprend beaucoup sur nos ancêtres et leur savoir-faire.

Merci pour votre attention et à bientôt pour de nouvelles aventures !

 

Alain Frébault le 11.06.2015

 

 

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