On a parfois au cours de notre vie, besoin de faire une pause, de se retrouver face à nous-même. Il est un chemin qui se prête à cela, St Jacques de Compostelle.

 Vous le cotoyez souvent en rando, mais qui le connait vraiment? Daniel B. a répondu à l'appel du Chemin cet été. A ma demande il a accepté de partager avec vous son expérience et son ressenti de sa première étape vers Santiago. Je l'en remercie chaleureusement et peut-être que son récit vous mettra sur le Chemin à votre tour.

 

 

Ultreïa

(salut de ralliement des pèlerins de Compostelle, signifie : plus loin, plus haut !)

 

En faisant un bout du chemin cet année, je voulais m’assurer que j’étais  capable de relever un tel défi à la fois physiquement et moralement, ayant l’intention de faire le chemin en « entier », c'est-à-dire jusqu’à Santiago, l’an prochain. Cette année il s’agissait, en quelque sorte, d’un test.

 

Je suis donc parti du Puy le lundi 21 Août et arrivé, par la « Via Podiensis[1] », à Moissac, comme prévu, le 4 septembre ; cela représente 437 km et 9350 m de dénivelé positif. Je faisais des étapes quotidiennes moyennes de 31 km et de près de 700 m de dénivelé ; ce qui n’a pas grand-chose à voir avec nos randonnées habituelles.

En faisant un bout du chemin cet année, je voulais m’assurer que j’étais capable de relever un tel défi à la fois physiquement et moralement, ayant l’intention de faire le chemin en « entier », c'est-à-dire jusqu’à Santiago, l’an prochain. Cette année il s’agissait, en quelque sorte, d’un test.

57 679 pèlerins ont retiré leur Compostela[2] au bureau de Saint-Jacques de Compostelle en août 2017 ; c’est dire qu’il y a du monde sur les chemins, d’autant que seuls 20 % des pèlerins qui arpentent la voie du Puy déclarent aller jusqu’à Santiago, les autres ne faisant, comme moi, qu’une partie.

Le chemin invite au dépouillement ; le poids et le contenu du sac, d’abord, qui doivent être minimalistes, et puis dans sa tête.

Au début le corps souffre, les muscles brulent, les articulations se réveillent, les pieds chauffent… mais au bout de quelques jours, ces sensations disparaissent au profit du plaisir de se remettre en route, et de l’émerveillement que procure chaque portion du chemin.

Je me suis émerveillé devant la nature bien sûr ;

en particulier l’immense plateau de l’Aubrac, ses collines, sa lumière sans cesse changeante, ses belles vaches de la race éponyme, aussi agréables dans les prés que dans l’assiette.

 

Je me suis émerveillé aussi devant les constructions de l’homme, qui au fil des siècles a modelé ce parcours :le chemin lui-même, parfaitement tracé, bordé, sur de très longs tronçons, de murets de pierre ; les magnifiques villes et villages qui le jalonnent : Le Puy, bien sûr, puis Estaing, Aubrac, Conques, Figeac, Cajarc, Moissac...

Parmi ceux-ci, Conques est probablement celui qui m’a le plus bouleversé : le village est splendide, niché dans un écrin de verdure, l’abbatiale est une pure merveille de l’art roman avec son tympan représentant le jugement dernier.

Impossible de ne pas ressentir une force créatrice supérieure dans tout cela !

 

Le cheminement à pied durant de nombreux jours, place le pèlerin dans un état d’harmonie avec son environnement, et de bienveillance ; cela lui permet de remarquer et de s’extasier devant des petites choses ou des détails, d’entrer en contact facilement avec tous. Les relations sont simples, éphémères mais profondes car on aborde très vite, avec chacun, la raison de sa quête sur le chemin.

Parti seul, j’ai rencontré au fil des jours de nombreuses personnes avec lesquelles j’ai pu faire un bout de chemin et échanger sur nos parcours de vie réciproques.

En fait, on est jamais seul, il suffit de s’arrêter 10 mn pour voir arriver d’autres pèlerins.

La bienveillance est aussi de mise la nuit, dans les gîtes, lorsque les ronflements des voisins de dortoir font trembler les murs et rendent inopérants tous bouchons d’oreille.

Enfin, j’ai été frappéen voyant au milieu de chaque village traversé, souvent désert, un monument aux morts listant les 10 ou15 morts en 14-18. Ces régions étaient quatre fois plus peuplées au début du 20 ème siècle ; la guerre y a fait des ravages, l’exode rural à fait le reste. De même Decazeville ville morte aujourd’hui après avoir été un fleuron minier et industriel.

Difficile de ne pas voir dans tout cela la force destructrice de l’Homme !

Je suis arrivé à Moissac le 4 septembre, sans la moindre ampoule, heureux d’avoir atteint mon objectif. Je me suis prouvé que j’étais physiquement et moralement capable de faire le « chemin » ; il faudra peut-être que je fasse des étapes un peu plus courtes, que je prévoie quelques journées de repos, et que je transgresse de temps en temps en prenant une nuit dans un bon hôtel (ce que j’ai fait une fois arrivé à Moissac).

A ce stade, il me reste près de 1100 km à parcourir si je repars de Moissac. J’hésite encore entre cette solution ou partir de Carnoux. En principe, je me remets en chemin fin mars 2018, ce qui me laisse le temps de me décider, mais je suis pressé de repartir.

 

Daniel B.

Septembre 2017


[1] La Via Podiensis part du Puy et rejoint Santiago après 1530 Km ; il s’agit du GR65, qui est en fait balisé à partir de Genève. Il existe bien d’autres chemins qui vont à Compostelle ; près de chez nous il y a la voie Tolosana, voie toulousaine, dite aussi Chemin d’Arles.

[2] La compostela est un certificat de pèlerinage qui est remis au pèlerin à son arrivée à Compostelle par le Bureau des pèlerinages pour attester qu'il a fait le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle (les cent derniers kilomètres à pied, ou deux cents à vélo) .

 

Alain Frébault - Conteur des sentiers   Conteur de sentier

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