Calendal

C'était en décembre 2011, nous étions déjà montés au Mont Gibaou ou du moins le croyait-on. Cette fois, pas de doute le GPS ne tolère aucune erreur et, Alain nous avons tenu notre promesse, nous avons trouvé la grotte. J'en profite pour remettre ton article à la une.

Grotte CalendalGrotte Calendal

C'était donc...

Le 1er Décembre, notre cher club de rando propose une balade au Mont Gibaou.

Mont Gibaou ? … Mont Gibaou ? … ma mémoire ô combien paresseuse fait un effort surhumain … et puis … et puis … mais oui … mais c’est bien sûr … c’est là, dans une grotte, que Calendal cachait ses amours !

Calendal ? … mais c’est qui celui-là ? … Bon, il a bien dû exister puisque la municipalité de Cassis a baptisé : une impasse « Calendal », un quai « Calendal », un centre de congrès « Oustaou Calendal » et a même érigé une statue que tout le monde connaît au début de la jetée qui mène au phare.

Alors, voici donc la vérité sur ce personnage vénéré par les cassidens. Il faut pour cela remonter à 1866, époque où Frédéric Mistral avait déjà créé ce qu’il appelait le « Félibrige ». Pour une meilleure compréhension de ce qui suit, je vous propose la définition qu’il donnait lui-même (donc avec ses propres mots …) de la raison d’être de ce mouvement littéraire :

Conserver à la Provence sa langue, son caractère, sa liberté d’allure, son honneur national et sa hauteur d’intelligence, car telle qu’elle est, la Provence nous plait .

L’œuvre de cet écrivain, devenu prix Nobel de littérature en 1904, est riche et bien connue.C’est à l’âge de trente ans environ qu’il commença à écrire un poème qu’il nomma « Calendal ». Ce fut un travail de 5 ou 6 ans et c’est donc bien en 1866 qu’il publia ce qui va bien au-delà de la rédaction de quelques sonnets.

« Calendal » est donc un livre de poèmes dont l’exemplaire original fait plus de 500 pages. Il faut dire que l’ouvrage est écrit en provençal, chaque page est suivie immédiatement de sa traduction en français, cependant, 250 pages de poèmes, divisées en « 12 chants », c’est quand même quelque chose. En fait il s’agit, là encore, d’une ode à la Provence (ses paysages, son peuple, sa culture …) à travers les aventures d’un modeste pêcheur d’anchois cassiden (dit Calendal) amoureux de la princesse des Baux d’Esterello (dite Esterelle). Le poème « Calendal » est donc une épopée où sont décris les exploits du pêcheur pour séduire sa belle (tel Hercule accomplissant ses 12 travaux ...).

Bon, revenons sur terre. Il se trouve qu’en l’année 2002, j’ai le projet d’habiter Cassis et que je tombe sur un article de « La Provence » (que je ne lis point habituellement) et qui parle de la grotte de Calendal sur le Mont Gibaou. J’ai donc, il y a quelques jours, exhumé de mes archives cet article de presse, conservé depuis près de 10 ans, et alors, quelle belle occasion de découvrir cette grotte avec les amis de rando !

Cependant, au préalable, j’ai eu la curiosité de chercher si Frédéric Mistral avait bien repéré un lieu et une grotte réels ou s’il avait, de manière bien naturelle pour un écrivain, décrit un lieu issu de son imagination. Les réponses que j’ai trouvées sont claires. Tout d’abord, j’ai lu qu’en 1861, Frédéric Mistral qui habite à Maillane (au Sud d’Avignon) découvre Cassis et ses environs : « une promenade l’amène sur le Mont Gibal (orthographe de l’époque) et il découvre un panorama sublime qui lui inspira son poème « Calendau » (orthographe de l’époque) ».

Certes, je n’ai pas lu les 250 pages du « Calendal » en français (encore moins les 250 pages en provençal) mais je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager quelques extraits qui valident bien le lieu et montrent le style de l’époque et de l’œuvre :

  • Page 7 ; il situe un lieu qui ressemble à celui où nous étions :

« Vers le milieu du jour, sur un plateau rocheux qu’embaume l’odeur des bruyères, une femme et un jeune homme sont assis. De la falaise, où ils se trouvent, ils ont en vue les moutons blancs de la luisante mer et des rocailles, là éparses. Seulet, le chant du pic étonne le repos.

Autour du mont gravit, raide, profond et clair, un bois de pins. De la corniche, on peut voir la blondeur des ondes, le front des arbres ; cette blancheur là est Cassis. Toulon miroite au loin, dans le soleil et là bas étincelle, sur la plage, l’azur de la Gardiole »

  • Page 11 ; Calendal meurt d’amour pour Esterelle. Alors qu’elle résiste (NDLR : comme toutes les femmes), il répond :

« Tais-toi !. Non, la terre et l’onde parlent et de partout exultent la passion et le cri et le besoin d’amour. Oh, mais rassure ton effroi !. Viens je te conduis à l’autel (NDLR : non, non, s’il vous plait, il n’a pas écrit « hôtel »). Une vie, si longue qu’elle soit, jamais ne comblera l’abîme de ma faim ».

  • Page 23 ; ils batifolent et les désirs montent, brûlants … et soudain une grotte apparaît, qui abritera leurs étreintes :

« Elle, brillante apparition, lui attiré vers son étoile, ils vont courant … Les herbes de la Saint Jean (le thym aride, le spic, la sauge … ) devant l’amant et l’amoureuse, en bouquet nuptial, s’ouvrent brûlants. La roche baille tout à coup par une rampe taillée dans ses entrailles, ils descendent tous deux et se trouvent bientôt sous l’étrange voussure d’une petite grotte »

Voilà donc quelques bribes de la belle histoire de « Calendal » et « Esterelle ». Et nous, nous sommes là à admirer le paysage exceptionnel qui s’étend de Toulon aux calanques et pressentons que la grotte est à quelques mètres de nous sur la partie verticale et inaccessible de la falaise qui descend à pic derrière nous (la sente pour y accéder ayant probablement disparu avec le temps) …

Mais au fait sommes-nous bien sur le Mont Gibaou ?. Jean Paul et Claude compulsent les cartes, et le diagnostique tombe : nous sommes sur la crête voisine, à 500 mètres trop à l’Est … Oh funeste erreur qui explique certainement que la grotte n’ait pas souhaité notre visite . Il est temps de rentrer, car les journées sont courtes, nous chercherons donc une autre fois.

Si vous souhaitez en savoir plus, le site www.gallica.bnf.fr a été l’une de me sources documentaires.

Merci pour votre attention et à bientôt pour de nouvelles aventures !

Alain Frébault - Conteur des sentiers   Conteur de sentier

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